Flammes jumelles : Lettre au runner
- lalunedesflammes

- 2 avr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 avr.

Cher runner,
Tu pars en disant que tu veux respirer. Tu dis que tu as besoin de reprendre le contrôle, de retrouver ton axe, de ne dépendre de personne. Et c’est vrai : tu aimes le contrôle. Tu aimes savoir où tu vas, décider du rythme, garder la main sur l’intensité.
La vulnérabilité te met mal à l’aise parce qu’elle te place dans un territoire que tu ne maîtrises pas. Aimer ainsi, sans armure, te donne l’impression de perdre ton pouvoir. Alors tu choisis le mouvement. Explorer d’autres routes, d’autres visages, d’autres possibles. Te prouver que tu peux. Te rappeler que tu es libre. Te convaincre que ce lien n’est qu’une option parmi d’autres.
Mais ce que tu refuses de voir, c’est que cet amour n’est pas un choix stratégique. Tu peux détourner le regard, remplir ton agenda, multiplier les expériences, rationaliser chaque émotion. Tu peux dire que tu avances, que tu passes à autre chose, que tu maîtrises la situation. Pourtant, ce que tu ressens ne disparaît pas.
Tu crois que garder le contrôle te protège. En réalité, il te maintient à distance de ta propre profondeur. Tu ne fuis pas l’autre, tu fuis l’endroit en toi que l’autre a réveillé. Cet endroit où tu n’es plus seulement fort, autonome, insaisissable. Cet endroit où tu es touché, impacté, transformé. Et ça, tu ne peux pas le commander.
Explorer d’autres routes ne fera pas mourir ce lien. Il ne s’éteint pas parce qu’on le met de côté. Il ne s’efface pas parce qu’on décide de ne plus y penser. Il peut devenir silencieux, oui. Il peut se recouvrir de couches d’orgueil, de logique, de nouvelles histoires. Mais au fond, il reste intact. Parce qu’il ne dépend pas de ta stratégie. Il dépend de ce que vous avez touché l’un chez l’autre.
Tu peux choisir le détour. Tu peux choisir le temps. Tu peux choisir l’évitement. Ce que tu ne peux pas choisir, c’est d’effacer ce qui a été vécu avec vérité. L’amour que tu cherches à maîtriser ne demande pas à te posséder. Tu n’es pas faible parce que tu aimes ainsi. Tu n’es pas prisonnier. Tu es confronté à quelque chose qui dépasse ta logique habituelle.
Le vrai courage ne sera pas de partir encore une fois. Il sera de comprendre que ton besoin de contrôle est une armure, et qu’aucune armure n’a jamais fait disparaître le feu, elle a seulement empêché de le sentir pleinement.
Tu peux explorer. Tu peux te chercher ailleurs. Mais sache-le : cet amour ne meurt pas parce que tu le mets en attente. Il ne s’étouffe pas parce que tu fermes la porte. Il continue d’exister, avec ou sans ton contrôle. Et un jour, tu comprendras que la vraie puissance n’était pas de le fuir, mais d’oser le regarder sans armure.




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